Mobilités, climat, solidarités : la capitale réinvente-t-elle ses usages ?
Paris piétonne et cyclable, vitrine… et laboratoire
Les politiques emblématiques de mobilité — fermeture des voies sur berge, multiplication des pistes cyclables, Place de la Bastille et Place de la Nation rendues aux piétons — répondent à la requalification du cadre de vie et à l’exigence climatique (le plan climat parisien vise la neutralité carbone en 2050). Résultat, le trafic automobile a chuté de 40 % en 20 ans (source : Ville de Paris, 2023), tandis que le vélo représente 11 % des trajets domicile-travail intra-muros, contre 2 % en 2010.
Mais cette « ville du quart d’heure », prônée par l’urbaniste Carlos Moreno, doit composer avec une mixité d’usages, la cohabitation avec les touristes (plus de 34 millions de visiteurs annuels, Office du tourisme), et les déséquilibres territoriaux avec la majorité des travailleurs du Grand Paris qui entrent quotidiennement depuis la banlieue.
Des solidarités fragiles : la tentation de « l’entre-soi »
Le défi de la solidarité métropolitaine n’a jamais été aussi vif : la crise du logement, la montée de la précarité (110 000 demandeurs d’emplois parisiens début 2024, source : Pôle Emploi) et les questions de santé publique (deuxième taux d’espérance de vie le plus élevé de France, mais fortes disparités Est/Ouest) fragilisent la promesse du « vivre-ensemble ». À Paris même, 17 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, une réalité souvent invisibilisée.
L’ouverture prochaine des gares du Grand Paris Express, le développement de nouveaux « quartiers métropolitains » dans le prolongement de Bercy ou de la Porte de Clichy, redistribuent cartes et flux, mais posent une question cruciale : Paris intra-muros peut-il rester un modèle d’inclusion ?