Paris
Société
Par Vincent Bordenave
Publié le 02/11/2017 à 14:42

Paris est-il trop bruyant ?

Se plaindre du bruit, c'est souvent passer pour un rabat-joie. Pourtant, à Paris, entre la circulation, les travaux et la vie nocturne, les nuisances sont réelles. Si des solutions existent, elles ne sont pas toujours simples à mettre en oeuvre.

A 7 heures du matin, les marteaux-piqueurs commencent. Même la fenêtre fermée, à l'intérieur, le bruit est insupportable. La veille au soir, ce n'était pas les travaux, mais la circulation et particulièrement les deux roues qui faisaient mal à la tête. Le week-end, la circulation est moins dense et les travaux font relâche, mais c'est le bar en bas de l'immeuble qui prend le relais. Ce quotidien est celui de nombreux Parisiens. Vivre à Paris se mérite. Le bruit est permanent, omniprésent. D'aucuns diront qu'il faut l'accepter. 

Plus d'un parisien sur 10 est exposé à des niveaux sonores qui dépassent la limite réglementaire (68 décibels) et les effets sur la santé sont bien là ! En dehors des troubles auditifs, qui touchent 17 % de la population, la fatigue, l’irritabilité, le stress, la détérioration de la qualité du sommeil, mais aussi les difficultés de concentration, en sont les principaux symptômes (des problèmes sanitaires qui coûteraient en tout 3 millions d'euros par an à la Ville). Les problèmes liés aux nuisances sonores sont rarement anticipés, mais un quart des Franciliens regrette de ne pas s’être mieux renseignés sur le niveau de bruit avant d'emménager dans leur logement. 

• La circulation : première source de nuisance

Paris ville sans voiture ! Un objectif politique assumé par Anne Hidalgo dans l'optique de la lutte contre le réchauffement climatique, mais qui peut aussi se voir comme un argument électoral, tant le bruit de la circulation incommode les Parisiens. Les bouchons sont, bien entendu, en cause, mais c'est le bruit des deux roues qui causent le plus de tracas. Ni véritables bruits de voisinage, ni bruits de circulation typiques, ils ne sont qu’imparfaitement traités par les dispositifs réglementaires. Les motos et scooteurs sont très rarement contrôlés pour le niveau sonore de leur moteur. 

Selon une étude de CREDOC menée en 2016 : près de 9 Franciliens sur 10 (87 %) sont favorables à un renforcement des contrôles et des sanctions à l'égard des deux roues. Plus généralement, 2 personnes interrogées sur 3 sont favorables à l’instauration de zones sans voitures dans les centres-villes, et la majorité d’entre elles accepteraient une baisse des vitesses de circulation à 30 km/h, voire moins, dans les lieux les plus sensibles.

En plus du bruit des moteurs, et des klaxons (pourtant interdit par le code de la route), les sirènes peuvent rendre la vie particulièrement pénible. Devant leur utilisation abusive, le préfet de police de Paris a publié une circulaire en mai dernier, rappelant "les règles d'usage des avertisseurs à deux tons", avant de réitérer en juin devant l'absence d'effet. Le préfet de police pointe un usage disproportionné des sirènes, qui, non seulement, créé une nuisance sonore évidente, mais en plus alimente un climat anxiogène. 

• Les travaux, on sait quand ça commence.. 

Que ce soient les lignes de tramways de la petite ceinture ou les ravalements d'immeubles, les travaux sont légion dans la capitale. Au bruit des machines, s'ajoutent souvent des problèmes de circulation avec leur lot de klaxons, sirènes et hurlement en tous genres. Le Parisien racontait le 30 octobre dernier l'exaspération des riverains voisins de la Samaritaine et de son chantier qui ne devrait pas se terminer avant 2019. A Paris, les règles sont pourtant strictes : interdiction des travaux bruyants avant 7h du matin et après 22h en semaine ; avant 8h et après 20h le samedi ; toute la journée, les dimanches et jours fériés. Convenons, que même en semaine, 7h du matin c'est tôt pour être réveillé à coups de marteau-piqueur. D'autant que les travaux de nuits, quoiqu'exceptionnels existent et renforcent l'inconfort des habitants.

Si ces travaux sont une épreuve douloureuse, ils ont tous vocation à se terminer un jour. Et les nouvelles infrastructures (comme le tramway) s'inscrivent dans un objectif à moyen terme de rendre la vie plus agréable à Paris. Notamment en multipliant les alternatives à la voiture et en diminuant donc les nuisances induites. Le plan de prévention du bruit dans l'environnement, publié en 2015 préconisait un nouvel "aménagement urbain [qui] permet d’agir sur les facteurs d’émissions sonores tels que la réduction du trafic, la vitesse de circulation, le type de revêtement". D'ici 2020, 30% du périphérique devrait être recouvert d'un bitume atténuant le bruit. 

Malheureusement, il arrive que les travaux n'amènent pas les améliorations espérées ! Christian Hugonnet, président de la Semaine du Son et militant anti-bruit regrettait, en août dernier auprès de l'AFP, les nouveaux aménagements de la place de la République recouverte d'une vaste dalle de béton. "C'est une catastrophe sur le plan des nuisances sonores, un générateur de bruit car la pierre lisse réfléchit tous les sons".

• Vie nocturne : bonnet de nuit face aux "amis de la nuit"

Entre les terrasses de cafés qui débordent de fumeurs, les quais de Seine, ceux du canal Saint-Martin, et les escaliers de Montmartre envahis par des fêtards plus ou moins éméchés, les nuits parisiennes sont devenues motifs de tensions de plus en plus fréquents entre les exploitants et les habitants. "C'est le principal problème de nuisance à Paris explique Gilles Pourbaix porte-parole du réseau "Vivre Paris". Problème néanmoins totalement occulté par la Mairie. Le plan de prévention du bruit de 2015 ne prend en compte que les nuisances dues à la circulation. Paris présente la particularité d'être une des villes les plus denses au monde, les quartiers sont des quartiers de vie. On travaille, on fait les courses, on sort et on dort dans les mêmes rues !" Le 7 août dernier, le gouvernement a publié un décret encadrant le niveau de décibels émit par les bars et cafés. Plusieurs personnalités avaient réagi par une tribune publiée dans le journal Libération "Faites du bruit pour sauver la musique". Réaction qui a choqué le collectif :

"C'est la stratégie des milieux de la nuit, nous faire passer pour des rabat-joie, alors que seule une minorité d'établissements se comporte mal. La plupart ont conscience du problème et mettent tout en place pour éviter les nuisances. Le vrai scandale, c'est la soi-disant règle d'antériorité que veulent imposer certains bars en disant : si vous emménagez ici, vous savez que c'est bruyant. Nous, on ne s'oppose pas à la fête, au contraire ! On est juste pour que la fête soit régulée. Il faut prendre en compte ce qu'est la ville de Paris. La nuit ne doit pas être un moment sanctuarisé pour les transgressions ! S'amuser est un droit, mais le repos va au-delà du droit. C'est un besoin physiologique. Les gens qui nous contactent sont en souffrance absolue ! Les victimes subissent ces nuisances comme une double peine. A la souffrance du manque de sommeil s'ajoute le manque de considération. La plupart des commissariats ne prennent même pas les plaintes. "