Gonesse
Société
Par Christophe Rigaud
Publié le 13/03/2019 à 08:20

EuropaCity : le plan d’urbanisme annulé

Saisi par plusieurs associations environnementales et le centre commercial Aéroville, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, a prononcé l’annulation du Plan local d’urbanisme (PLU) de la ville de Gonesse. Ce document autorisait l’urbanisation de près de 250 hectares de terres agricoles dont le méga-complexe de commerces et de loisirs, EuropaCity.

C’est un nouveau coup dur pour tous les acteurs de l’urbanisation du Triangle de Gonesse. Dans son jugement en date de ce mardi 12 mars, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise met en avant trois raisons qui l’ont poussé à annuler le Plan local d’urbanisme (PLU) de la commune. Ce dernier a notamment estimé que « l’évaluation environnementale ne justifiai[t]pas le choix opéré par la commune d’urbaniser le triangle de Gonesse ». Il a également considéré que « le conseil municipal de Gonesse a commis une erreur manifeste d’appréciation en classant en zone à urbaniser 248 hectares de terres agricoles ». « En effet, cette urbanisation concerne des terres particulièrement fertiles, alors que les bénéfices économiques escomptés, notamment en termes de créations d’emplois, invoqués par la commune de Gonesse, ne sont pas établis », explique le tribunal.

Pour permettre l’urbanisation d’ici 2030, de 248 hectares de terres agricoles situées entre les aéroports du Bourget et de Roissy Charles de Gaulle, la ville de Gonesse avait voté en septembre 2017 la révision du Plan local d’urbanisme (PLU), document qui planifie les projets d’aménagement de la commune. Ce vaste projet d’urbanisation du Triangle de Gonesse, porté par l’aménageur Grand Paris Aménagement, prévoit notamment la construction d’un quartier d’affaires international de 128 hectares ainsi qu’EuropaCity, immense complexe de commerces et de loisirs. Ce dernier équipement pharaonique de 80 hectares estimé à 3,1 milliards d’euros, lui, est porté par Ceetrus (ex-Immochan) et le conglomérat géant chinois Wanda. La future ligne 17 du Grand Paris Express doit y avoir un arrêt d’ici 2027.
 
« Une décision historique »

Ces différents acteurs avaient déjà essuyé un revers le 6 mars 2018, quand ce même tribunal avait donné une première fois raison aux opposants, en annulant l’arrêté du préfet du Val-d’Oise, autorisant la création de la ZAC dite du « Triangle de Gonesse ».  Une décision contre laquelle l’Etat et Grand Paris Aménagement (GPA) ont fait appel. « L’annulation du PLU apporte une raison supplémentaire d’espérer. Mais la bataille n’est pas gagnée. Le CPTG appelle donc tous ses soutiens à amplifier la mobilisation contre EuropaCity, projet inutile et climaticide », réagit le Collectif pour le Triangle de Gonesse. Ce dernier fermement opposé à la disparition de ces terres agricoles appelle à un nouveau rassemblement les 18 et 19 mai sur le Triangle de Gonesse.
 
L’autre collectif, baptisé « Europas Du Tout », opposé à EuropaCity mais favorable à une urbanisation mesurée du Triangle de Gonesse, salue de son côté, une « décision historique » et « parfaitement logique ». « La ville de Gonesse ne pouvait pas bénéficier du projet gouvernemental  « Action cœur de ville » voué à redynamiser son centre-ville et, en même temps, construire sur le même territoire un énorme complexe commercial qui aurait détruit des milliers d’emplois de petits commerçants dans les villes voisines », explique le collectif qui fédère près de 600 commerçants et 20 associations.
 
« Le Triangle de Gonesse est un projet pertinent »

Dans un communiqué de presse, la commune de Gonesse qui « reste convaincue de la pertinence du projet d’aménagement du Triangle de Gonesse », annonce faire appel de ce jugement. « Le projet d’aménagement du Triangle de Gonesse incarne un équilibre entre un développement économique et social nécessaire sur un territoire de banlieue et la préservation de l’environnement. Sur les 300 hectares de la ZAC, un tiers sera dédié aux espaces verts et agricoles », tient-elle à rappeler.
 
La révision du PLU annulée, c’est l’ancien plan local d’urbanisme voté en 2006 qui s’applique de nouveau. Les terres agricoles retrouvent ainsi leur usage strictement agricole au moins jusqu’au jugement de la cour d’appel de Versailles qui ne devrait pas tomber avant 12 à 24 mois selon la municipalité. En attendant, aucun permis de construire ne pourra être délivré par la ville. Cela ne concerne en revanche par la gare de la ligne 17 du Grand Paris Express dont le permis de construire a été délivré par le préfet du Val-d’Oise. Un recours a d’ailleurs été déposé par les opposants et est toujours en attente d’un jugement. Les premiers travaux de génie civil doivent débuter cette année.