Paris
Société
Par Vincent Bordenave
Publié le 14/11/2017 à 11:53

Airbnb : Paris en guerre contre "une économie prédatrice"

La Mairie de Paris met en place un système de numérotation pour lutter contres les abus des plate-formes de location en ligne.

A partir du 1er décembre les utilisateurs des plateformes de location comme AirBNB devront fournir un numéro d'identification pour mettre leur logement en location dans la capitale. La Mairie de Paris, qui craint de voir le centre-ville transformé en immense résidence touristique, entre en guerre contre la plateforme de location courte durée. Ou plutôt contre ceux qui l'utilisent pour transformer leur bien immobilier en profit trop lucratif. Lundi 13 novembre, quatre propriétaires ont comparu devant le TGI de Paris. Trois d'entre eux, sont des multipropriétaires qui avaient déjà fait l'objet de poursuites. 

Une révolution dans l'industrie du tourisme 

Le développement de la plateforme AirBNB a profondément remodelé l'industrie du tourisme. Nombreux sont ceux qui tirent bénéfice de cette transformation. Du locataire précaire qui y trouve une solution pour arrondir ses fins de mois, au multipropriétaire pour qui AirBNB représente une manne financière. La loi est pourtant claire. Si un propriétaire loue son logement meublé (pour de courts séjours) au-delà de 120 nuits, le logement n'est plus considéré comme résidence principale et une déclaration en mairie est obligatoire. Celle-ci délivre alors l'autorisation et détermine la compensation éventuelle. Si une surface habitable est transformée en logement touristique, il faut obligatoirement acheter ou disposer d'une surface deux fois plus grande et la transformer en nouvelle surface d'habitation. 

Le propriétaire doit ensuite effectuer un changement de destination du local en hébergement hôtelier. Pour les locataires, il faut demander une autorisation écrite à son bailleur. Des démarches fastidieuses que beaucoup cherchent à éviter. La mise en place d'un numéro de référencement obligatoire pour figurer sur les sites de locations en ligne, doit permettre de repérer plus facilement les fraudeurs en simplifiant le suivi.

Des hôtels clandestins en centre ville et des petites surfaces en danger

Pour la Mairie de Paris il était devenu indispensable d'agir. Le nombre de logements disponibles diminue dans la capitale, 20 000 de moins cette année, et les loyers des petites surfaces augmentent. Il est beaucoup plus rentable d'acheter un deux-pièces et de le mettre en location sur une plateforme pour une courte durée que de louer pour des baux de trois ans. Dans les quatre premiers arrondissements de la capitale, un quart des habitations n'est plus occupé par des Parisiens. La Mairie redoute de voir Paris se transformer en ville musée "comme Venise, qui n'est plus habitée par ses habitants, explique Ian Brossat adjoint au maire sur les questions de logement, on compte déjà 100 000 résidence secondaire dans la ville" . "On ne veut pas s'initier dans le rapport privé à privé entre un locataire et son propriétaire. Le but de la numérotation est de mettre de la transparence dans un système opaque. On ne s'oppose pas à l'économie de partage, mais à une économie prédatrice. Les propriétaires ou locataires qui mettent leur logement en location de manière ponctuelle ne posent pas de problème. Mais laisser des hôtels clandestins dans la capitale, c'est hors de question."

Le tourisme, cet ami qui ne vous veut pas que du bien

Autres conséquences, celle des nuisances liées au tourisme de masse. Après avoir cherché à tout prix à attirer le plus grand nombre de touristes, plusieurs villes européenne se mobilisent pour lutter contre l'invasion. Après Barcelone cet été, ce sont les habitants d’Amsterdam qui, le mois dernier, faisaient part de leur ras-le-bol d'un tourisme irrespectueux des lieux. A Paris, on se défend de vouloir faire fuir les touristes, mais certains comportement sont devenus intolérables et nuisent à l'image de la ville. Les quartiers désertés par les habitants perdent leur âme. Dans des immeubles qui ne sont pas faits pour accueillir des touristes, les codes d'accès peuvent être donnés a n'importe qui. Les va-et-vient à tout heure et les appartements qui se transforment en garçonnière ou boîte de nuit créent de vives tensions avec le voisinage. Sans même parler, dans certains quartiers, des nuisances sonore dues aux terrasses bondées

Reste désormais à savoir si les plateformes joueront le jeu, elles sont sensées retirer toutes les annonces des loueurs dépassant le seuil de nuitées autorisées. Le groupe des élus communistes-Front de Gauche du Conseil de Paris va déposer un vœu au Conseil de Paris des 20, 21 et 22 novembre pour demander au gouvernement de prévoir des sanctions pour les plateformes ne respectant pas les règles. A New York, la loi interdit de louer un logement entier en dessous de trente jours consécutifs mais on trouve encore beaucoup d’annonces qui ne respectent pas cette législation. 

AirBNB veut bloquer à 120 nuitées les annonces dans les quatre arrondissements centraux de Paris 

Invité sur France Inter le 14 novembre, le président d'AirBNB a annoncé que la plateforme allait limiter à 120 jours par an ses locations de meublés touristiques dans les quatre arrondissements centraux de Paris. Ian Brossat a aussi vite réagi via son compte twitter "La loi prévoit que ces annonces illégales doivent être retirées dans tous les arrondissements. Aux dernières nouvelles, la loi du profit ne vaut pas plus que les lois de la République. Paris compte 20 arrondissements, pas 4. Et la loi s'applique sur tout le territoire parisien.11"